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 [RP] Comédie

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Kalirr
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Serveur de jeu : Agride

MessageSujet: [RP] Comédie   Lun 25 Sep 2017 - 1:29





I
 
La mélodie des vagues le berçait, doucement. Le chant des mouettes l’apaisait. Il fermait les yeux et se laissait porter. Emporter vers un pays de liberté, celui de ses songes. Il fut rapidement rattrapé par la réalité du moment.
 
« T’actives un peu ? Eh ! Oh ! Victor, j’te cause ! Ça va être à toi ! »
 
Il émergea lentement de cette atmosphère marine. Ce n’était pas des vagues qu’il entendait. C’était le brouhaha du public qui s’installe. Ce n’était pas des mouettes, non plus. C’était des machinistes, ajustant leurs cordes et leurs poulies. Il se leva péniblement de son fauteuil. Il soupira. Attrapant une perruque, et la fixant sur son crâne, il se dirigea vers la scène. Il était en place. Qui est-ce qui tape ? Ah oui, c’est vrai… Boum. Boum. Boum. Rideau. Lumière. Applaudissements. Il connaissait tout ça par cœur. Un, deux, trois, première réplique. « Ah ! fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux ! Dures extrémités où je me vois réduit ! » Et le voilà parti. Acte I, acte II, acte III. Applaudissements. Lumière. Rideau. Le voilà de retour en coulisse. Il retire ses épingles, la perruque, le costume. Le voilà nu. Enfin presque, il a gardé ses collants. Il se déplace sur le parquet froid et usé du Théâtre Mak, dans ces couloirs qu’il connait depuis près de quatre ans. Il regagne son vestiaire, attrape ses vêtements et les enfile. 
Comme tous les soirs, il ne sera pas de ces acteurs qui se mêlent à la foule en quête de gloire et de reconnaissance. Il ne sera pas non plus de ceux cherchant un nouveau corps avec qui partager la nuit. Non. Il se dirigera, comme à son habitude, dans ce bouge. Ce troquet du port maintenu uniquement par la bonne volonté des rats et des termites qui ont choisis d’en épargner l’ossature. Il s’installe, commande un verre, puis deux, puis trois… Jusqu’à en perdre le compte et s’endormir sur cette table au bois vermoulu et à l’odeur de marée. 
 
Il fut réveillé, quelques heures plus tard, par des cris. Un petit homme, ventru et moustachu hurlait qu’on l’avait volé. Ou plutôt qu’on avait triché. Il accompagnait sa complainte de grands mouvements, parfaitement démesurés et superflus. Face à lui, l’autre homme s’égosillait au moins aussi fort. Défendant sa bonne foi, il qualifiait son opposant de mauvais perdant, de vieux grincheux ou encore de « face de d’huître ». Victor s’amusait de cette situation qui semblait s’envenimer à chaque fois que l’un ou l’autre ouvrait la bouche. Finalement, le moustachu sorti et l’autre se rassit sur sa chaise, analysant le contenu d’une bourse. Il avait une dégaine étrange. On aurait dit un personnage d’une pièce de théâtre. Entièrement vêtu en bleu, il conservait – bien qu’on fût en intérieur – un chapeau à plume aux bords relevés. Une chaînette – probablement en argent – sortait de son veston et regagnait une poche de son pourpoint bleu aux motifs floraux. Au-dessus d’un nez court, ses petits yeux marrons scrutaient vivement l’intérieur de la bourse. Victor l’observait attentivement. Qu’est-ce qu’un homme, habillé comme lui, venait faire dans un endroit pareil ? Le tenancier ne lui laissa pas le temps de trouver la réponse.
 
« Ah, enfin debout ! Voyons voir, cinq verres. Ça fera quatre-vingt-cinq kamas. »
 

Victor sorti la monnaie et porta à nouveau son regard vers la table de l’homme en bleu. Il n’était plus là. Il sortit, finalement, pour flâner quelques heures dans les rues avant qu’elles ne soient bondées, remplies de la population grouillante des grandes cités.

II
 
Le soir même, il revint au théâtre. Passant par le porte arrière, il prit deux fois à gauche, une fois à droite et arriva devant son vestiaire. Enfin… Etait-ce bien son vestiaire ? Il avait du mal à le reconnaitre. Qui avait collé ses affiches au mur ? Et qui avait placé tous ces miroirs ? Le patron du Théâtre Mak déboula dans les couloirs, avançant d’un pas décidé vers Victor. Il s’arrêta à son niveau. Un petit homme sec et âgé, aux traits tirés et à la peau si pâle qu’on le croyait toujours malade. « Désolé, mon vieux. J’ai dû vous remplacer. Vous n’attiriez plus personne. J’ai un établissement à tenir moi ! Et la comédie, ça ne marche plus… Les gens veulent pleurer, maintenant ! » 
 
Victor ne prit pas la peine de lui répondre. Il tourna les talons, une fois à gauche, deux à droite et le voilà dehors. C’était les risques du métier de comédien. Il les connaissait bien. Un jour dans la lumière, puis quand les gens vous oublis… Quand on est boulanger, la chose est moins grave. Les gens peuvent vous oublier, ils auront toujours besoin d’acheter du pain le lendemain. Ils reviendront, comme la marée. Mais quand on est comédien… Pas de travail sans renommé. Et Victor était considéré dans toute la cité Blanche – ou plutôt parmi ceux qui avait le temps et les moyens de se préoccuper de cela – comme un acteur sur le déclin.
 

Ses pas prirent naturellement la direction d’une taverne. Oh, pas celle où il se trouvait hier soir. Il lui fallait quelque chose d’encore plus noir. Plus sombre, encore. Quelque chose qui reflète son âme. Il descendit les rues et les avenues. L’Arakné Farceuse ? Trop bondé, allons plus loin. Le Mulou hurlant ? Trop cher. La dragodinde blanche ? Trop beau. A mesure qu’il avançait, il avait déjà passé la porte sud de Bonta et longeait le mur d’enceinte. C’est à quelques pas de la mer qu’il trouva ce qu’il cherchait : La Pataugeoire. Il avait entendu des rumeurs sur l’endroit mais n’y avait jamais mis les pieds. On disait qu’il s’agissait d’une de ces salles de jeux clandestines où tout est prétexte à parier et miser. Il poussa la porte.

III
 
Kalirr portait, comme à son habitude, ses vêtements bleus et ses accessoires d’or et d’argent. Son chapeau relevé sur sa tête, il avait l’air de passer une agréable soirée. Il lançait les cartes sur la table, riait franchement et ramassait chaque kamas venant en sa direction. On jouait à son jeu favori. La belotte à la bontarienne. Elle différait de celle qu’on joue en Amakna par une seule règle. Celui qui possédait la belotte pouvait, à tout moment dans la partie, changer la couleur d’atout. Les kamas s’amoncelaient vers lui, sans même qu’il eut besoin de tricher. Tout allait pour le mieux.
 
Quand son partenaire de jeu dû partir – après partage des gains – un nouveau vint prendre sa place. Kalirr observait son nouvel allié. Grand, sec, plutôt bel homme. Il portait une veste et un pantalon de velours rouge, un chemise blanche nouée au coup par un foulard de soie jaune. De sa main gauche, dépourvue de bijoux mais soigneusement entretenue, il replaçait ses cheveux longs et bruns derrière ses petites oreilles. Des yeux vifs – bruns également – trônait sur un nez démesurément long. Ses joues et son menton étaient légèrement rosés et imberbes.
 
« Je suis Kalirr – lança le chapeauté – vous allez donc être mon allié pour la partie ? J’espère que vous savez jouer !
– Victor, enchanté. Rassurez-vous, mon jeu n’est pas médiocre – répondit l’autre en regardant son partenaire avec étonnement.
– Que vous arrive-t-il ?
– Rien, rien. Ce n’est rien. Jouons ! »
 
Il avait reconnu en Kalirr l’homme qu’il avait vu la veille. Ce – soi-disant – tricheur. Il garda ça pour lui. Mieux valait ne pas énerver leurs deux adversaires. Deux hommes chauves, musclés et dont la dentition était peu enviable. Probablement des marins. La première partie commença. Une. Une. Trèfle. Victor et Kalirr gagnent. Fin de partie, une autre. Une. Pique. Belotte. Rebelotte. On change pour du Carreau. Kalirr et Victor gagnent. Une troisième. Cœur. Fin de partie, nouvelle victoire des deux compères. Voyant leurs kamas disparaître au fur et à mesure, les deux marins partirent. Kalirr et Victor changèrent de table afin de s’échanger les gains de la soirée.
 
« Voyons – dit Kalirr en comptant les kamas – nous avons fait quatre cent quarante-deux kamas de bénéfice. Ce qui fait donc deux cent vingt-et-un chacun. 
– Eh bien, monsieur, les soirées sont lucratives avec vous !
– M’oui… Même si là, je suis en petite forme. Patron, deux Élixirs ! 
– Je vous ai vu – reprit Victor à voix basse – hier soir sur les ports. Je dois dire que vous m’avez intrigué. Vous ne manquez, manifestement, pas d’argent. Pourquoi rester dans de tel établissements ? Ça sent la pisse et les rats sont toujours prêt à venir picorer dans vos assiettes.
– Eh bien… Premièrement parce que la compagnie des rats m’est agréable – sur ces mots Kalirr jeta un regard circulaire sur la salle et ses clients –  et deuxièmement, mon nez s’est accommodé de l’odeur.
– Vous ne répondez pas à ma question…
– C’est vrai. Ceci dit, je pourrais vous poser la même. Des vêtements soigneusement coupés, des mains impeccables, un visage d’ange, une dentition parfaite. Qu’est-ce qu’un, voyons voir… politicien ? musicien ? acteur ? vient faire dans ces lieux de débauches ?
– Acteur, oui… Enfin, ex-acteur. On vient de me mettre à la porte. Je n’aurai bientôt plus de quoi vivre et le physique que vous avez devant vous sera méconnaissable dans quelques mois.
– Ah, je vois. Vous êtes, en somme, un – pas le temps de finir, une des serveuses vint interrompre Kalirr.
– Monsieur Waldo est prêt à vous recevoir. Il est à l’étage.
– Merci petite – dit Kalirr en lui lançant un kama. Désolé, je dois vous laisser. Au revoir.
– Au revoir – conclue Victor en descendant son verre d’une traite. »
 
Quand le chapeau bleu disparut complètement en direction de l’étage supérieur, Victor sorti de La Pataugeoire. Il prit, machinalement, la direction du centre-ville.  



IV
 

Il enfonçait son trente-troisième clou de la journée et pour la cinquième fois depuis le lever du jour, il se tapait sur le doigt en même temps. Quelle atmosphère lugubre… Lui un comédien qui faisait, autrefois, rire les foules. Le voilà, maintenant, clouant des planches dans ce cimetière. Fabriquant chaque jour des cercueils. C’est d’ailleurs à son travail qu’il le vit à nouveau. Toujours ce même chapeau à plume bleu. Toujours cette tenue identique, intacte. Et puis cette dégaine… Cet air hautain et supérieur. Celui qui l’intriguait autrefois, le dégoûtait à présent. Mais que faisait-il encore là ? Décidemment, cet homme était partout. Il s’approcha de Victor qui était assis sur cet ultime demeure à l’odeur de sapin.
 
« Tiens vous ici – s’étonna Kalirr. Toujours sur les planches à ce que je vois.
– Que faites-vous ici ? Vous me cherchez ?
– Vous chercher ? Eh bien – il soupira – vous les acteurs… ex-acteurs êtes vraiment nombrilistes. Voilà plusieurs mois que nous avons fait une petite partie de cartes et vous imaginez que je vous cours après comme une princesse en mal d’amour ?
– Mais qu’est-ce que vous…
– Tututut ! Je n’ai pas le temps de discuter. »

Sur cette phrase il partit. Il fit quelques pas et se dirigea vers le maître des lieux. Il lui donna une bourse, visiblement bien remplie. Sur quoi, le fossoyeur général ordonna à un de ses employés de charger un cercueil sur une charrette et de la mener là où le monsieur bleu le voudrait. Victor observait cela. Il vit, finalement, Kalirr revenir vers lui.

« En vérité, tu auras peut-être ton utilité – lança-t-il au comédien.
– Pourquoi ? Vous voulez que je repeigne votre boîte en bleu ?
– Non. J’ai besoin des services d’un acteur. Enfin… besoin est un bien grand mot. Disons que ça m’amusera. Et vous, ça vous enrichira. »
 
Victor se figea quelques secondes. Que fallait-il faire ? Rester ici à marteler toute la journée. Sûrement pas. Suivre ce fou ? Ça semble une mauvaise idée. Mais bon pas le choix. Pour le moment… Et c’est ainsi qu’en ce mois de maisial, Kalirr sortit du cimetière d’Astrub avec un cercueil vide, une charrette et un comédien.




V

 
« Faut-il que je me répète encore une fois ? » Kalirr commençait à perdre patience. « Allons, allons. Rien de compliqué. Tu apportes ce cercueil sur la côte. Ce sont les restes de ton grand-père, un ancien marin. Comme il le voulait, lui-même, tu apportes son corps à sa dernière demeure : la mer. Tu piges ? Bon. Une fois arrivé au rivage, Marc fera le reste. Tu n’auras plus qu’à revenir. »

Victor se balançait sur sa chaise, faisant mine de ne rien écouter. Non pas qu’il était stupide ou même qu’il s’en fichait. Non. Mais il aimait voir cet inconnu sortir de ses gonds, comme il y a bien longtemps dans ce troquet du port de Bonta. Il était curieux de connaître sa limite.

« Il y a quoi dans le cercueil ? lança Victor.
– Ca, c’est pas tes affaires. Contente-toi de jouer le rôle et tu seras payé. Point.
– Tout de même, tout ce plan, tout ce mystère. C’est un cadavre ?
– Si je voulais cacher un cadavre, je ne le mettrai pas dans un cercueil… Dans un poêle à bois, à la limite.
– Un poêle à bois ?
– Laisse tomber. Au travail. »

Sans vraiment savoir ce qu’il faisait, mais amusé par la situation, Victor prit les rênes de la dragodinde et conduisit le cercueil dans les rues d’Astrub. Le coin des bouchers, les boulangers. Tiens, le Tofu d’Argent. C’était plus grand dans ses souvenirs. Le voilà maintenant à la porte ouest. C’est comme Kalirr l’avait prédit. Un barrage. Un, deux, trois, quatre miliciens. Rien que ça. Ah, l’un d’eux avance. Il arrive. La cantine doit-être bonne, pensa Victor en le voyant approcher. C’était en effet un grand homme par la taille. Des pieds à la tête il devait mesurer un kamètre soixante-dix et à peu près autant de tour de ventre. Une petite moustache fine et une médaille au torse indiquait qu’il était le plus gradé ici.

« Halte ! Que transportez-vous là-dedans ?
– Le corps de feu, mon grand-père – répondit Victor d’une voix faible.
– Que faites-vous avec ça ? C’est une blague ?
– Une blague ? Non, non mais – il commençait à sangloter – mon aïeul était un fier marin. Ah ça oui ! Il en a parcouru des océans Papi ! Sur son petit rafiot voguant contre les vents ! Le voilà dans la cale de son dernier navire. Il souhaitait rejoindre les flots.
– Ouai… Bah vous me voyez navré mais je vais devoir vérifier.
– Comment ? Vous oseriez profaner une sépulture ?
– Pas le choix. La fille de Madame de Vries s’est enfuie. Elle ne doit pas quitter la ville. »

Tout en disant cela, ses subalternes apportaient des pieds de biche et faisaient sauter, un à un, les clous de la bière. Victor avait de plus en plus chaud. Il s’égosillait : « Vous perturbez un mort ! Vous entachez son âme ! Monstres ! » La dernière attache vola. On ouvrit le capot et on constata. Un cadavre. Puant, pourrissant, se décomposant. Il était dans cet état depuis une semaine, au moins. Le gradé se boucha le nez. « C’est bon. Dégagez-moi ça ! » Et Victor repartit. Il sortit de la ville et arriva aux rivages.

Au loin, un navire était ancré. Un homme attendait sur une barque. Quand il vit le cercueil arriver, il bondit dans sa direction. « Féca soit loué ! Vous voilà ! » Il sauta sur la charrette, ouvrit le cercueil et dégagea le macchabé qui tomba sur le sol, perdant un bras dans la manœuvre. Puis il souleva le fond du coffre, qui en réalité en possédait deux. Il sortit une jeune fille qui vint se blottir dans ses bras perdant la tête dans la manœuvre. Sans dire un mot ils se dirigèrent vers la barque. Victor était là. Il regardait tout ça l’air béat. Que venait-il de faire ? Il retourna auprès de Kalirr qui n’avait pas bougé.
 
« Il y avait vraiment un cadavre à l’intérieur – envoya-t-il au chapeauté.
– Ah oui ? Boh, tant qu’il n’y en avait qu’un…
– Mais… mais… Qui était-ce ?
– Euh… question compliquée. Il s’appelait Alfred, je crois. Enfin, vous savez, ce n’est pas moi qui m’occupe de ça.
– Et cette fille ? Alors c’est ça que vous faites ? Vous faites passer des gens en douce. Vous les aider à disparaître.
– Moi ? Non. J’aide des amoureux à vivre heureux. C’est plus théâtral dit comme ça. Qu’en pensez-vous ? »

Victor ne répondit rien. Il ne savait plus quoi penser. Il tourna les talons et voulu prendre la sortie. Il fut rappelé par un claquement de doigts. A présent, ces mêmes doigts pointaient un sac sur une table. « Votre payement – annonça Kalirr. Il s’accompagne également de votre silence. Suivez l’exemple d’Alfred. » Il prit la bourse et partit. Il traîna quelques heures dans les rues puis gagna l’intérieur du Tofu d’Argent.




VI

 
Un livreur de charbon. Un simple valet. Noir de suif. Voilà comment Victor s’était déguisé pour suivre discrètement Kalirr dans les rues d’Astrub. Une vieille casquette usée, une chemise sale et trop grande et des tâches sombres sur la figure et les vêtements. Il avait passé deux heures à le chercher et l’avait finalement trouvé à l’angle de la boutique de Madame Alinoff. Il ne le lâchait plus. Filant à travers les rues, le petit chapeau bleu se dirigeait vers le nord. Il regagne l’axe principal. Il file. Il ne prend même pas le temps de regarder les étals des marchands. Il s’engouffre dans une taverne. Le Lépreux Chauve ? Drôle de nom… 

Victor, n’entre pas. Il fait le tour et se place à l’angle d’une fenêtre. Personne à l’intérieur. A part Kalirr, évidemment. Il passe derrière le comptoir. Qu’est-ce qu’il fait ? Il parle tout seul ? Bizarre. Le voilà qui monte à l’étage, puis en quelques minutes redescend avec un carnet. Il sort de l’établissement. Vite, Victor fait le tour et le rattrape. Voilà maintenant qu’il se dirige vers le Zaap. Comment savoir où il va ? Le livreur de charbon se précipite sur Kalirr et le bouscule. Il en profite pour regarder la couverture du manuscrit : « Kino, Brâkmar ». Kalirr râle, pousse l’inconnu et se jette dans l’aura bleutée. Victor fait de même, direction la cité Sombre.

Le voilà sortit. Bingo, le chapeau bleu est toujours là. Il prend l’avenue vers l’est. Il tourne dans une rue, deuxième à droite. Puis une autre. Maintenant c’est une ruelle. Victor y entre à son tour. Où est-il passé ? On siffle derrière lui. Il se retourne. C’était Kalirr.
 
« Tu crois qu’on peut m’avoir aisément, mon petit ? Allons, qu’est-ce que tu veux ?
– Des réponses – disant cela Victor retire sa casquette et essuie un peu de charbon sur sa joue.
– Le comique ! Ça… si je m’attendais. Hum… t’as vraiment un don pour le grimage. 
– Je vous retourne le compliment.
– Pardon ?
– Sous vos airs de petit bourgeois bien tranquille, vous cachez un drôle de personnage. Je me suis renseigné, voyez-vous. Après le coup du cercueil. Vous baignez dans des trucs louches.
– Le puanteur de cette ruelle pour commencer…
– A Bonta, certains se souviennent de vous. L’affaire Tudors, ça vous parle ?
– Non, vraiment ça sent l’urine ici.
– Et l’héritage des Karkof. Ça vous revient en mémoire ?
– Et le vomi aussi, non ?
– Et à partir de juinsidor 646, plus rien. Plus une trace de votre existence. Etrange, tout de même.
– Je vois que vous avez dépensé votre salaire en voyage. C’est bien, c’est bien. Mais dans toutes les affaires que vous avez citées, il n’y a aucune preuve que je sois impliqué. Ceci dit… Ceci dit, vous m’intéressez grandement. Retrouvez-moi au Lépreux Chauve mardi prochain à quatorze heures. Vous devez savoir où ça se trouve, puisque vous baviez derrière mes carreaux il y a vingt minutes. »

Sur cette phrase, l’homme en bleu quitta l’odorante ruelle et Victor resta là. Il ne s’attendait pas à cette conclusion. Il avait envisagé beaucoup de chose venant de Kalirr. Qu’il s’énerve, qu’il l’ignore, qu’il avoue. Même qu’il le tue. Mais qu’il lui donne rendez-vous, ça non. Et puis ça veut dire quoi ce « vous m’intéressez grandement » ? Quelle arrogance ! Non, c’est décidé, il n’irait pas ! 




VII

 
Il passa la matinée à se trouver des arguments. Des prétextes et des bonnes raisons pour ne pas aller au rendez-vous de Kalirr. Après tout, c’était sûrement un piège pour lui, qui en savait trop. Et il allait sûrement être mêlé à d’horribles histoires. Ce chapeau bleu cachait, sans doute, un assassin ou pire encore ! Quand il pensait s’être suffisamment convaincu, des contre-arguments commençaient à émerger dans son esprit. Après tout, cet homme était intriguant. Que faisait-il réellement ? Et puis, il avait l’air d’avoir de l’argent. Et ça, Victor en manquait. Quand il en eut assez de débattre avec lui-même, il était quatorze heures. Il fila à toute allure vers le Lépreux Chauve.

L’intérieur de la taverne était vide. Pas âme qui vive. Victor entra et se posa sur un tabouret au comptoir. Une voix sépulcrale se fit entendre derrière lui. « Bonjour, Monsieur. Vous devez être Victor ? Monsieur Kalirr vous attend à l’étage. » Victor se retourna rapidement et ne voyant personne, il fila à grandes enjambées à l’étage supérieur. Kalirr l’attendait là. Tranquillement assis derrière un large bureau. De la main gauche, il déplaçait les sphères d’un petit boulier de bois tandis que la droite écrivait frénétiquement sur un imposant registre.

« Qu’est-ce… en bas… il y a… – Victor était tout tremblant et tentait de s’exprimer tant bien que mal.
– Oui, oui, c’est Camille. Notre serveur est un fantôme. Ça fait toujours ça la première fois – répondit Kalirr sur un ton monocorde.
– Un fantôme ? Mais comment…
– Chuuut. Vous voyez que j’ai autre chose à faire que de vous parler. Asseyez-vous là et ne touchez à rien. »

Kalirr indiqua, de la tête, un siège en face de lui. Victor s’assis. Il se remettait lentement de ses émotions. L’apparent homme d’affaires continuait son manège. Sa main n’arrêtait pas d’écrire. Il opérait des calculs, tantôt de tête se figeant dans un rictus ridicule, tantôt avec le boulier qu’il magnait d’un geste expert. Quand il eut fini, il jeta sa plume sur la table. « Le fumier ! Je l’savais ! » Il hurla et fixa Victor dans les yeux. « Il manquait cinquante-trois kamas ! » Il se rendit finalement compte de l’absurde de la situation. Il se râcla la gorge et s’enfonça dans le dossier de son fauteuil.

« Vous êtes finalement venu. Je dois dire que j’en doutais.
– J’en doutais aussi. 
– Et pourtant vous voilà. Bien, c’est très bien. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J’ai besoin d’un assistant et vous pourriez faire l’affaire.
– Pour vos magouilles ?
– Pour mes… magouilles, oui. Et les talents d’un comédien ne seront pas de trop. J’ai besoin de quelqu’un qui sache mentir et garder des secrets. Sur ces deux points, vous ne vous défendez pas trop mal, pour le moment.
– Et qu’est-ce que j’y gagne ?
– Logement, nourriture et 300 kamas par mois. Pour commencer.
– Et qu’attendez-vous de moi ?
– Que vous m’aidiez au quotidien. Répondre au courrier de moindre importance, m’accompagner dans mes voyages, assurer le ménage, la cuisine et la lessive. Et parfois, utiliser vos dons comme vous l’avez déjà si bien fait. Vous aurez le droit de me conseiller, mais en tout je conserve le dernier mot. Mes ordres sont la loi.
– Et si je refuse ?
– Des clous vous attendent au cimetière, je crois ? »
 
Le silence s’insinua dans la pièce. Que fallait-il faire ? Victor était tenté d’accepter mais pouvait-il accorder sa confiance à cet homme ? Kalirr, de son côté, n’était pas plus fier. Avait-il bien fait ? Il avait misé gros et ne savais pas comment gérer un refus de la part de son interlocuteur. Les services du Pique, peut-être ? Cela ne l’enchantait guère, mais s’il le fallait…

« J’accepte. Où est ce logement ?
– Quelle bonne nouvelle. Au sud d’Astrub, le long de la muraille. Voici la clé. J’en ai fait l’acquisition hier, donc il faudra le meubler. Je vous laisse carte blanche sur la décoration. Même si, pour mon lit, j’apprécierai un matelas en plumes de tofune.
– Votre lit ?
– Bien sûr, mon lit ! Vous en savez trop pour que je vous laisse seul. Et puis si j’ai besoin de vos services, je veux que vous soyez à portée de main. » 

Le lendemain soir, la petite maison astrubienne était déjà remplie. Victor n’avait pas perdu de temps à l’ameublement et Kalirr en était plutôt satisfait. Il avait commandé pour le souper quelques oiseaux grillés accompagné de légumes farcis ainsi qu’une bouteille de Sauve Chignon, un vin blanc qu’il appréciait beaucoup. Mangeant tous les deux dans le salon, face à la cheminée rougeoyante, Kalirr débuta son récit. « Commençons par cette nuit d'aperirel 639… »

 
Rideau.




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